Interview de M. Pascal Drouhaud, directeur adjoint du groupe Alstom pour l’Amérique Latine et l’Afrique sub-saharienne (29.06.2013)

1- Que représente la diplomatie économique pour votre entreprise ? Comment cela se traduit-il ?

La diplomatie économique est un levier, un instrument d’influence qui permet à une entreprise, avec l’appui de l’Etat français, de s’inscrire dans la durée sur la scène internationale.

Le groupe Alstom, qui est implanté à l’étranger depuis de nombreuses années, dont le Sénégal depuis plus de 30 ans, demeure néanmoins un groupe privé, guidé par les marchés internationaux, sur lesquels il est nécessaire de rechercher toutes les opportunités pour rester compétitif.

Si le concept de diplomatie économique mis en œuvre par l’Etat français peut parfois obliger un groupe industriel à faire évoluer ses intérêts, l’Etat reste un interlocuteur privilégié pour les entreprises françaises présentes et agressives, sur les marchés internationaux. En effet, il accompagne les entreprises et permet de mieux identifier les opportunités d’affaires et marquer un soutien. Les dispositifs d’appui qui constituent autant d’encouragement pour le savoir-faire français, ne manquent pas : au stade des études, les FASEP, puis pour la constitution des financements, la Réserve Pays émergents, par exemple, la garantie de la COFACE, bref autant d’instruments qui offrent des opportunités de renfort pour un groupe qui se consolide, s’implante, se développe sur des marchés internationaux.

2- Peut-on parler de diplomatie économique s’agissant de la visite du MEDEF ?

Pour un groupe industriel comme le nôtre, la réponse à cette question est logique : oui.

Mais il ne s’agit pas seulement pour le groupe Alstom de réaliser des partenariats bilatéraux avec d’autres Etats : nous avons également la volonté de travailler avec des partenaires implantés localement tout en constituant des groupements forts avec des majors quand cela est nécessaire. C’est une stratégie que nous avons déjà développée en Amérique latine, et plus particulièrement au Brésil, où Alstom compte avec un des plus grands génie civiliste brésilien avec lequel nous partons à la conquête du continent latino-américain qui tire, aujourd’hui, avec l’Asie, la croissance mondiale.

3- Quel est le rôle selon vous des Ambassades françaises dans ce domaine ?

Il s’agit d’un rôle stratégique : aider à la compréhension du contexte du pays, soutien auprès des institutions nationales françaises, renfort de crédibilité institutionnelle quand les projets constituent autant d’éléments essentiels dans la relation bilatérale.

Nous avons besoin de l’Etat français pour accompagner cette réflexion et pour sensibiliser les populations sur des secteurs, l’énergie et les transports urbains, au cœur du développement et de la demande africaine.

4- Les perspectives économiques au Sénégal vous paraissent-elles encourageantes, en particulier dans votre domaine ?

Nous connaissons déjà bien le Sénégal, où nous sommes présents depuis les années 1980.

Nous avons 2 centrales ici, une à Bel Air et une autre au Cap des Biches.

Les 2/3 de notre chiffre d’affaires proviennent du secteur de l’énergie dans lequel nous opérons. Or Le ministre de l’Energie du Sénégal, Mme Maïmouna Seck, que nous avons rencontré ce matin, souhaiterait que 30% du mix énergétique du Sénégal inclue des énergies renouvelables comme l’éolien, secteur dans lequel Alstom a développé son expertise.

A cela s’ajoute un intérêt pour la production d’énergies plus « conventionnelles » et les centrales à charbon : réhabilitation de centrales existantes et construction de nouvelles centrales. Mais il faut également pouvoir réaliser des actions de formation auprès du personnel sénégalais, et mettre en place des centres de pilotage pour s’assurer de la durabilité de nos actions.

Il existe aussi de vraies perspectives pour nous dans le ferroviaire (lignes standard), et le transport urbain, besoin social incontournable, notamment dans une ville de l’envergure de Dakar, où un million de personnes se rendent sur leur lieu de travail chaque matin.

Au-delà du Sénégal, le groupe Alstom est également bien implanté dans la sous-région, où il pilote des projets régionaux, notamment dans le secteur ferroviaire en coopération avec le Mali, et le secteur de l’électricité en coopération avec la Mauritanie. Par ailleurs, l’Afrique subsaharienne est la seule région au monde où il n’y a pas encore de tramway. Alstom possède un vrai savoir-faire dans ce domaine. Nous avons même réussi à en construire un dans la cordillère des Andes, dans la ville de Cuenca en Equateur, à 3000 m d’altitude. Alors pourquoi pas au Sénégal ?

Dernière modification : 15/01/2014

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