Interview de M. Sébastien Léopold, Directeur général de Sunnvest

Créée en 2006, l’entreprise Sunnvest est un leader dans le secteur des infrastructures de fourniture d’énergie solaire, dont le siège est basé à Paris. Sunnvest a financé et installé plus de 7000 infrastructures solaires, d’une capacité allant de 3 kW à 5 MW, et a développé un intérêt particulier pour l’Afrique depuis quelques années.

1/ Que représente la diplomatie économique pour votre entreprise ?

Le concept de diplomatie économique a très bien été adopté par d’autres pays comme la Chine ou la Norvège par exemple. Nous sommes donc ravis que la France se décide à suivre le même chemin.

Si le concept est aujourd’hui bien assimilé dans la théorie, nous restons tout de même dans l’expectative et attendons de voir quels vont être les vrais leviers nous aidant à mener à bien notre projet. Il faut aujourd’hui aller au-delà des bonnes intentions.

Notre implantation en Afrique est très récente, la vraie expertise de Sunnvest s’est développée en France. Le Mali est le premier pays sur le continent africain où nous avons commencé à entreprendre des projets, il y a de cela trois mois.

Comment cela se traduit-il ?

La diplomatie économique permet de faciliter les processus administratifs, souvent complexes, mais aussi de faciliter les rencontres avec les différents acteurs du secteur de l’énergie, et l’ensemble des parties prenantes.

Si la première interface pour notre entreprise est l’Etat du pays dans lequel nous souhaitons développer nos activités, l’ambassade permet aussi, par le biais de son service économique régional (SER), d’anticiper les besoins et de fournir, en amont, des informations sur l’état du marché. Dans le cadre de la visite du MEDEF International à Dakar, le SER nous a permis, par exemple, d’avoir une rencontre avec le directeur général de la Société nationale d’électricité du Sénégal (SENELEC).

2/ Quel rôle doivent selon vous jouer les Ambassades françaises dans ce domaine ?

Les ambassades permettent de faciliter les contacts et d’apporter de la documentation. Nous sommes dans un secteur clé pour le continent africain, celui de l’énergie, donc notre première interface reste l’Etat du pays destinataire.

Il serait intéressant que le Service économique régional puisse anticiper les besoins dans les secteurs clés et dresser un panorama des activités dans les pays dans lesquels nous souhaitons nous implanter.

3/ Les perspectives économiques au Sénégal vous paraissent-elles encourageantes, en particulier dans votre domaine ?

La difficulté aujourd’hui est de savoir si les moyens pour la mise en œuvre de la diplomatie économique sont réellement présents au Sénégal. Nous ne pouvons affirmer pour l’instant que nous arriverons à nous insérer dans le paysage public sénégalais, car il ne semble pas y a avoir, selon le gouvernement, de besoins imminents dans le secteur qui nous intéresse.

En revanche, la visite de la délégation du MEDEF nous a permis de rencontrer un grand nombre d’entreprises solides qui ont manifesté leur intérêt pour l’énergie solaire, et avec lesquelles nous avons eu des discussions très concrètes et prometteuses. Le fait d’alimenter ces dernières pourrait également, par effet de « ricochet », permettre de soulager le réseau sénégalais (notamment la SENELEC), qui connaît de nombreuses coupures d’électricité.

Les secteurs visés sont notamment ceux des mines, de l’industrie, et des complexes hôteliers. Nous sommes intéressés par tous les secteurs d’activité fortement consommateurs d’électricité pendant la journée, et qui possèdent des infrastructures avec des surfaces suffisamment étendues pour pouvoir y installer des panneaux solaires.

En termes de comparaison, Sunnvest a davantage réussi à s’implanter au Mali, où le ministère de l’Energie et l’EDM (Energie du Mali) se disent prêts à collaborer avec le secteur de l’énergie solaire.

Nous souhaitons également mener un projet à Kidal, dans le Nord du Mali, mais c’est un enjeu très politisé. Sans l’ambassade de France au Mali, ce serait très difficile. Aujourd’hui, nous avons un projet concret, le soutien de l’Etat malien et l’appui de l’ambassade, mais sommes toujours dans l’attente, ce qui reflète toujours un manque de coordination dans la prise de décision.

Pour nous la France correspond plutôt au passé, le marché est trop contraint et contingenté. On trouve plus important d’apporter un savoir-faire qui existe assez peu en Afrique, alors qu’en France, un grand nombre d’entreprises sont déjà installées dans le secteur. Nous avons construit environ 7000 centrales en France, et investi 300 millions d’euros en 7 ans.

Dans le secteur de l’énergie solaire, nous produisons directement là où il y a un besoin. Le solaire ne nécessite pas la construction d’une ligne haute tension pour traverser le pays, et l’installation est faite en 3 mois seulement, alors qu’un projet hydro-électrique conséquent requiert entre 5 et 10 ans avant d’être finalisé, et nécessite un réseau de distribution. Pour nous, le futur c’est l’énergie décentralisée, l’énergie produite sur place.

Dernière modification : 28/02/2014

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